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Manger selon les principes de la médecine chinoise


Manger ne consiste pas seulement à apporter des calories, des protéines, des glucides ou des vitamines à notre organisme.


En médecine chinoise, chaque repas possède également une dynamique.

Un aliment peut réchauffer ou rafraîchir, humidifier ou assécher, faire circuler, nourrir, faire descendre ou favoriser l'élimination.


L'alimentation devient alors une manière simple d'accompagner quotidiennement l'équilibre du corps.



Regarder l'aliment autrement

Lorsque nous mangeons, nous pouvons commencer par nous poser deux questions très simples :


Quelle est la nature de cet aliment ?

Quelle est sa saveur ?

La nature décrit principalement son influence thermique sur l'organisme.


Un aliment peut être :

chaud ou tiède → il tend à réchauffer et à soutenir le mouvement ;

frais ou froid → il tend à rafraîchir et à calmer une chaleur excessive ;

neutre → il agit de manière plus équilibrée et convient généralement plus facilement à une alimentation régulière.


Il ne s'agit donc pas simplement de savoir si un aliment sort chaud du four ou froid du réfrigérateur.


On s'intéresse à l'effet qu'il produit dans le corps.



Les saveurs sont aussi des mouvements

La médecine chinoise ne considère pas uniquement la saveur comme une expérience gustative.


Chaque saveur possède une orientation particulière.


L'acide rassemble et retient. Il possède une action astringente.

L'amer tend à faire descendre, à assécher et à clarifier certaines formes de Chaleur.

Le doux nourrit, harmonise et détend.

Le fade favorise le mouvement et l'élimination des liquides.

Le piquant disperse et favorise la circulation du Qi.

Le salé assouplit et possède une action descendante.


Ainsi, composer une assiette revient aussi à composer des mouvements.



Une assiette peut avoir une direction

Certains aliments ont davantage tendance à soutenir le mouvement vers le haut et vers l'extérieur.


D'autres orientent davantage vers le bas et vers l'intérieur.


C'est une notion essentielle de la diététique chinoise :

nous ne mangeons pas seulement des aliments,

nous mangeons des dynamiques.


Prenons un exemple.

Une personne frileuse, fatiguée et présentant une digestion lente n'a pas nécessairement besoin de la même assiette qu'une personne agitée, ayant très chaud, la bouche sèche et une sensation de chaleur interne.


L'alimentation peut donc être adaptée au terrain, à la saison et au moment.



Manger suffisamment, sans surcharger

Un autre principe traditionnel particulièrement intéressant consiste à ne pas remplir complètement l'Estomac.


Une formule simple résume cette idée :

manger jusqu'à environ 70 % de satiété.


L'objectif n'est pas de rester affamé.

Il s'agit plutôt de quitter la table nourri, mais suffisamment léger pour que la digestion puisse se faire confortablement.


Un repas trop important demande davantage de travail digestif et peut favoriser lourdeur, somnolence et inconfort.


En médecine chinoise, préserver la Rate et l'Estomac revient aussi à ne pas leur demander constamment plus qu'ils ne peuvent transformer.



La régularité compte autant que le contenu

Notre système digestif apprécie également une certaine régularité.

Plutôt que de manger continuellement tout au long de la journée, il peut être intéressant de laisser au système digestif le temps d'accomplir son travail entre les repas.


La tradition présentée dans ce texte privilégie trois repas relativement réguliers, espacés d'environ cinq à six heures.


Cette règle n'a évidemment pas vocation à devenir rigide.


Les besoins diffèrent selon l'âge, l'activité physique, l'état de santé et le rythme de vie.


L'idée essentielle est ailleurs :

donner un rythme au corps.


La manière de manger fait partie du repas

Nous parlons énormément de ce que nous devons manger.


Beaucoup moins de la manière dont nous mangeons.

Pourtant, l'état dans lequel nous prenons notre repas influence directement notre expérience digestive.


Manger rapidement devant un écran, travailler pendant le déjeuner ou avaler son repas en pleine tension émotionnelle n'a rien à voir avec manger assis, calmement, en prenant le temps de mâcher.


Dans la lecture chinoise, les émotions peuvent perturber les fonctions de la Rate et de l'Estomac.


Stress,

anxiété,

colère,

rumination…


Le repas arrive alors dans un organisme qui n'est pas véritablement disponible pour recevoir et transformer.


Manger devient donc presque une pratique de présence.

S'asseoir.

Regarder son assiette.

Sentir.

Mâcher.

Respirer.

Puis manger.



La digestion commence avant la première bouchée

L'environnement compte lui aussi.

Une table agréable, un environnement calme et une atmosphère détendue préparent déjà le corps au repas.


« la Rate aime la musique », soulignant cette relation traditionnelle entre détente, rythme et digestion.


La digestion n'est pas une machine que l'on remplit.

C'est une fonction du vivant.


La préparation transforme aussi l'aliment

La qualité d'un repas commence bien avant qu'il arrive dans l'assiette.


Fraîcheur des produits, conservation, lavage, découpe et cuisson influencent ce que nous allons réellement manger.


Des cuissons relativement douces :

vapeur,

étouffée,

eau et

soupe,

tout en insistant sur la fraîcheur des légumes et sur l'importance de ne pas prolonger inutilement leur préparation.


En médecine chinoise, la cuisson possède une autre fonction intéressante :

elle transforme déjà une partie de l'aliment avant que notre système digestif ne doive le faire.


C'est pourquoi le cru n'est pas automatiquement supérieur au cuit.

Tout dépend encore une fois du terrain.


Après le repas : laisser le mouvement continuer

Le repas terminé, inutile de passer immédiatement d'un extrême à l'autre.


Marcher tranquillement et masser doucement l'abdomen avec les mains chaudes.

Quelques minutes peuvent suffire.


L'idée reste toujours la même :

favoriser le mouvement plutôt que la stagnation.


Finalement, bien manger pourrait être beaucoup plus simple

Nous cherchons parfois des régimes extrêmement complexes alors que quelques principes fondamentaux peuvent déjà modifier profondément notre rapport à l'alimentation :


Choisir des aliments de qualité.

Comprendre leur nature et leur saveur.

Adapter l'assiette à son terrain et à la saison.

Manger avec modération.

Respecter un certain rythme.

Prendre le temps de mâcher.

Éviter autant que possible de manger dans l'agitation.

Bouger doucement après le repas.


La diététique chinoise ne consiste donc pas simplement à classer les aliments en « bons » ou « mauvais ».


Elle nous invite à poser une autre question :


De quoi mon corps a-t-il besoin aujourd'hui ?

Parfois, il faudra nourrir.

Parfois, réchauffer.

Parfois, rafraîchir.

Parfois, assécher.

Parfois, humidifier.

Et parfois simplement…

faire circuler.


C'est peut-être là l'une des idées les plus importantes de cette approche :

l'alimentation n'est pas seulement ce que nous mettons dans notre corps.

C'est une manière quotidienne d'accompagner le mouvement du vivant.

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